lundi 5 septembre 2011

Immersion dans la culture Inca

Je profite jusqu’au bout de ma comfortable chambre d’hôtel et m’octroie une grasse matinée jusqu’à 7h! Je constate avec satisfaction que le ciel est légèrement couvert – mais sans être menaçant – procurant une température plus agréable que les jours précédents.  En allant récupérer ¡Caramba! dans le garage de l’hôtel, j’ai la désagréable surprise de trouver mes deux pneus avants à plat. Les réparations effectuées n’ont donc pas tenu le coup. Il faut dire que ces chambres à air commencent à être sérieusement fatiguées. Heureusement, j’ai profité de ma pause ici pour reconstituer mon stock de chambres.
Après avoir réparé, je me mets en route, mais très vite, je suis arrêté par des habitants jeunes et mois jeunes qui m’assaillent - de manière très sympathique - de questions sur mon voyage et sur ¡Caramba!. Je ne quitte donc réellement Abancay qu’à 9h15. Me voilà alors parti pour 38 kilomètres d’ascsension. Mais il ne fait pas trop chaud et la pente offre régulièrement des moments de répits. J’arrive donc au sommet relativement frais même s’il me faut tout de même cinq heures pour boucler ces 38 kilomètres. J’entame ensuite une belle descente donc je ne connais pas l’issue. Après une heure de descente, j’aperçois au loin, dans le sens inverse, deux cyclotouristes. Il s’agit de Raphaëlle, française, et de son ami Frank, allemand (www.ailleurs.de).

Ils roulent depuis huit mois en ayant traversé le Chili, l’Argentine, l’Uruguay le Paraguay et la Bolivie, et pensent terminer leur parcours à Panama ou en Colombie en fin d’année, voire début d’année prochaine. Nous échangeons quelques conseils. Ils me donnent notamment les coordonnées d’un hôtel à Cusco dans lequel descendent visiblement tous les cyclotouristes de passage. Ils m’apprennent également qu’un suisse en vélo couché et qui voyage tout comme moi de Quito à Ushuaia me précède d’une heure. Je reprends la route et continue ma descente pendant encore une bonne heure. Je m’arrête sur le bord de la route peu avant le coucher du soleil.
Je me situe à environ 2.000 mètres d’altitude mais il fait tout de même très chaud et la température baisse peu pendant la nuit. Je ne dors pas très bien. Je reprends ma descente mais au bout de deux kilomètres, je dois faire avec une nouvelle crevaison à l’avant. Je trouve deux épines planté dans le pneu, dont la gomme est trés usée après 3.400 kilomètres. Je décide donc de les changer et de monter les deux pneus de rechange que je transporte depuis le début du voyage. Lorsque je repars, il fait chaud  et j’entame un long faux plat très usant jusqu’à Limatambo où j’arrive un peu avant midi. Je m’y ravitaille car c’est le dernier bourg important avant de nombreux kilomètres. A la sortie du village, à l’entrée des ruines  Incas de Tarahuasi, un important attroupement s’est formé. Deux hommes m’arrêtent et m’indiquent qu’une fête Inca va commencer et m’invitent à y assister. Sous la bénédiction de la police, ils m’aident à pousser ¡Caramba! jusqu’au lieu de la célébration, sous les yeux éberlués d’une foule grandissante. Un employé du ministère de la Culture se précipite vers moi pour me réclamer les 10 soles de droits d’entrée appliqué aux étrangers. Il se fait vite réprimandé par les hommes m’accompagnant et fait demi-tour sans que j’ai eu le temps de sortir mon porte-monnaie! En attendant le début de la cérémonie, retransmise en directe à la télé péruvienne, un journaliste vient m’interviewer. Je dois dire que je suis plutôt fier de moi car j’ai compris toutes ses questions et y ai répondu sans baffouiller.
Débute ensuite la cérémonie. J’assiste alors à une formidable fête traditionnelle Inca d’offrande à Pachamama, la “Terre Mère” en Quechua, mélange d’invocations, de danses et de chants. J’en prends plein les yeux pendant plus d’une heure.


Puis la fête se poursuit avec un festival de danses traditionnelles de la région. Nouvel émerveillement avec des tenues magnifiquement colorées, des chants superbes,…


Cette fête est également l’occasion de savourer un verre de Chincha, la bière Inca et de déguster quelques entremets typiques. J’ai vraiment eu une chance extraordinaire de passer ici à ce moment là. En fin d’après-midi je m’éclipse – le terme n’est pas vraiment approprié car je ne suis pas passé inaperçu, le maire de Limatambo m’ayant même remercié en public d’assister à la cérémonie – peu avant la fin de la fête car je dois trouver un lieu pour la nuit. J’entame alors une longue ascension d’une trentaine de kilomètres durant laquelle je croise un nouveau couple de cyclotouristes. Katia et Félix, suisses, voyagent depuis six mois à travers le Brésil, l’Argentine et le Pérou et arrivent à la fin de leur voyage, programmée à Lima (http://kfgosouth.blogspot.com/). 

Nouvel échange de conseils. Ils me recommandent le même hôtel à Cusco que le couple de la veille et me confirment qu’un suisse en vélo couché me précède de quelques heures. Après une douzaine de kilomètres, je demande la permission à des paysans de planter ma tente sur leur terrain en bord de route.

Afin de rattrapper le retard pris la veille, je me mets en route très tôt. Cela me permet d’effectuer les 20 derniers kilomètres d’ascension à la fraîche. Je passe le col à 9 heures et entame une belle descente. Je croise de très nombreux écoliers, tirés à quatre épingles, marchant sur le bord de la route avec des instruments de musique à la main. Arrivé au premier village, on m’apprend que c’est le jour du défilé des fanfares des écoles de la région. Je poursuis ma route et au bout de douze kilomètres, je m’aperçois que mon mât s’est brisé en deux et que la partie supérieure avec les drapeaux s’est fait la belle. Ça n’est pas la première fois que je perds mes drapeaux mais cette fois-ci, je suis sur une route fréquentée et ne suis donc pas très otpimiste. Je décide tout de même de faire machine arrière et remonte … jusqu’au col en interrogeant les gens que je croise. Hélàs, après deux heures d’effort, rien! Cette fois, je dois faire mon deuil de ces drapeaux, du moins jusqu’à la Bolivie où je pourrai hissé la banière tricolore rouge, jaune et verte. Je me console en me disant que j’ai fait un heureux.
Je poursuis ma progression à vive allure et arrive rapidement à Anta où je retrouve la piste pour la première fois depuis près de 1.500 kilomètres. Une piste difficile, en côte, mais qui aboutit à un sublime lac de montagne et où   je suis accompagné par des enfants rentrant de l’école. Puis je retrouve la route pour une superbe descente me menant à Urubamba, au coeur de la Vallée Sacrée des Incas.

J’ai parcouru près de cent kilomètres mais ma journée n’est pas terminée. Il me reste encore vingt kilomètres, à lutter contre un terrible vent de face, pour atteindre Ollantaytambo. Le dernier kilomètre, qui s’effectue en montée et sur des pavés est interminable mais après plus de 9 heures de vélo, je découvre un magnifique village Inca, vieux de 700 ans, où résidaient de hauts dignitaires Incas. Je compte donc m’établir ici quelques jours, d’autant qu’en plus des très intéressantes ruines, Ollantaytambo permet d’accéder par le chemin de fer  à la merveilleuse cité perdue des Incas : le Machu Picchu.

vendredi 2 septembre 2011

En route vers la cité perdue des Incas

Malgré une forte chaleur, je reprends la route en début d’après-midi  car je n’ai pas envie de m’attarder à Nazca. Après m’être difficilement frayé un chemin au milieu du trafic dense, je rejoins la route, beaucoup plus tranquille, de Cusco, distante de 660 kilomètres. A partir de là, j’entame une folle remontée de plusieurs dizaines de kilomètres qui va me mener de 600 à plus de 4.500 mètres d’altitude! Mais après seulement quelques kilomètres, et alors que la pente n’est pas encore très prononcée, je suis contraint de faire déjà une pause car il fait vraiment trop chaud. Heureusement peu de temps après, un vent frais se lève me permettant de repartir rapidement. Douze kilomètres après la sortie de Nazca, un panneau annonce une route sinueuse sur une cinquantaine de kilomètres : les choses sérieuses peuvent commencer! Je progresse à bonne allure (8 km/h) et prends rapidement de l’altitude. Seul bémol, j’ai une fringale anormale qui m’oblige à m’arrêter très régulièrement. Après une trentaine de kilomètres (et 1.000 mètres de dénivelé), je monte ma tente au crépuscule en bord de route.

Après avoir avalé 300 grammes de pates accompagnées de sauce tomate et trois paquets de gateau, je me couche, repus! Je dors très mal, réveillé régulièrement par de violentes douleurs d’estomac.

Je me lève tôt, aux alentours de 5h30, car le soleil se lève ici une heure plus tôt que ce que j’ai connu jusqu’à présent. De plus, je veux éviter les fortes chaleurs, même si en gagnant de l’altitude, je devrais trouver un peu de fraîcheur. Malheureusement, même en partant à 6h30, la chaleur est dèjà incroyable (+ de 25 degrés). De plus, la pente s’accentue fortement et pour couronner le tout je n’ai plus d’eau. L’ascension est donc très pénible, d’autant plus que je continue de souffrir de douleurs abdominales. Heureusement que j’évolue dans des paysages fabuleux.



Après trois heures d’effort, j’atteins enfin un hameau dans lequel je peux me ravitaller et trouver un peu de fraicheur. Mais les crampes d’estomac sont toujours là. De plus, je suis écoeuré en permanence, ce qui m’empèche de m’alimenter normalement.
Diminué, je reprends la route mais progresse désormais à moins de 5 km/h. A midi, j’atteins un autre village et décide de m’y arrêter car malgré l’altitude, il fait toujours aussi chaud. Je commande une assiette de riz dans une auberge mais ne parvient à avaler que quelques bouchées. Je décide alors de faire une sieste de près de deux heures, à l’ombre. Au réveil, je ne me sens pas mieux, mais avance tout de même tant bien que mal. C’est épuisé que je me pose au bord de la route pour la nuit, après avoir parcouru seulement 49 kilomètres en plus de sept heures.

Je suis tout de même satisfait car j’ai grimpé 1.900 mètres de dénivelé et me trouve donc à 3.500 mètres d’altitude. La sensation d’écoeurement étant toujours aussi forte, je me contente de quelques galettes sucrées pour le dîner et me couche rapidement.  La nuit n’est pas meilleure que la précédente.

Le lendemain, je poursuis mon ascension dans un état de fatigue avancé. Heureusement, il fait enfin plus frais et de plus à 11 heures, après 100 kilomètres de côte ininterrompue et 3.500 mètres de dénivelé, j’arrive enfin au col, situé à plus de 4.100 mètres.


J’entame alors une descente de 25 kilomètres …


... avant d’en remonter autant, mais sur une pente moins prononcée.  Je me sens toujours aussi mal, mais j’essaie de penser à autre chose. Les nombreux encoragements que je reçois durant le trajet y contribuent et, une nouvelle fois, on me donne des fruits. Puis, enfin, j’aperçois la ville de Puquio que j’atteins au termes de dix kilomètres de descente. Je décide de prendre un hôtel pour me reposer. Mais, malgré la prise de médicaments, mon état ne s’améliore pas. Je dors très mal et me demande quand ces douleurs vont passer car je ne vais pas pouvoir continuer très longtemps avec une alimentation réduite à quelques galettes par jour. Le matin, je rencontre dans la cour de l’hôtel un texan qui voyage en moto.


Ce sera le premier d’une longue série car toute la journée, je croise des voyageurs en moto, par groupe de deux ou trois. Il est vrai que, pour ceux qui rechignent à voyager en vélo, la moto me semble vraiment être l'autre moyen idéal de découvrir cette région.
Je passe une nouvelle journée difficile, mais sur une route magnifique qui me mène de 2.300 mètres à 4.500 mètres d’altitude.

En fin de journée, j’arrive sur un plateau m’offrant une vue époustouflante sur cinq lagunes, des sommets enneigés, d’autres de couleurs ocre ou noire, avec la superbe luminosité de fin de journée. Peut être le plus beau paysage qu’il m’ait jamais été donné de voir (évidemment en photo, ça ne rend pas du tout pareil!)




Je m’arrête ici sans hésitation pour installer mon bivouac. Je monte rapidement la tente car à cette altitude il ne fait pas chaud.


Le lendemain matin est tout aussi fabuleux. En sortant de la tente, couverte de givre, une épaisse brume confère une atmosphère magique au lieu.



Après quelques kilomètres, le brouillard se lève et je peux de nouveau profiter d’un somptueux panorama qui me fait quelque peu oublier les douleurs, toujours présentes.




J’évolue sur ce plateau pendant une quarantaine de kilomètres avant de plonger dans une vallée au paysage très différent.


S’en suit une ascension de huit kilomètres que j’effectue avec beaucoup de difficultés car je n’ai plus du tout d’énergie. Arrivé au col, je m’octrois une petite sieste très vite avortée par … un orage de grèle! J’effectue toute la descente dans des conditions dantesques et j’avoue que j’ai adoré!
Au fur et à mesure de la descente, la grèle se transforme en pluie et c’est sous des trombes d’eau, à la tombée de la nuit que je plante la tente entre la route et le précipice. Les douleurs sont beaucoup moins fortes mais je suis encore écoeuré et ne peux donc pas vraiment m’alimenter normalement.

Je passe enfin une bonne nuit et savoure donc pleinement les 40 kilomètres de descente jusqu’à Chalhuanca où je m’offre, pour la première fois depuis plusieurs jours, un vrai repas pour le petit déjeuner (truite accompagné de riz, tomates et oignons, le petit déjeuner typique ici). Le reste de la journée est tranquille puisque la route est un long faux plat descendant longeant une rivière. En revanche, je crève quatre fois du pneu avant droit. Le fort vent qui souffle, s’il a l’avantage de me rafraîchir, ramène en effet de très nombreuses épines sur la route. A la quatrième crevaison, qui intervient en fin d’après-midi, je décide de me poser car j’ai épuisé toutes mes chambres à air de rechange. Les bords de la rivière contistuent un emplacement idéal de bivouac qui me permet en plus de prendre un bon bain!

Le lendemain matin, je poursuis ce faux plat descendant pendant une vingtaine de kilomètres avant d’attaquer, sous une grosse chaleur, une terrible remontée d’une dizaine de kilomètres jusqu’à Abancay où j’arrive à midi. Je décide de m’y arrêter et de prendre un hôtel car j’ai vraiment besoin de reprendre des forces. D’autant plus que les 200 derniers kilomètres menant à Cusco sont terribles. Je découvre une ville à l'atmosphère vivante et très agréable et reste finalement une seconde nuit.
Je reprends donc la route demain matin en direction du Machu Picchu que je pense atteindre dans quatre jours.

vendredi 26 août 2011

Du bon temps sur la côte pacifique

Après avoir savouré quelques empañadas au bord du Pacifique en guise de petit-déjeuner, je quitte Paracas sous les encouragements des touristes s’apprêtant à embarquer pour les Islas Ballestas. Aujourd’hui encore, l’étape ne présente aucune difficulté puisqu’elle doit me mener à Ica, à 80 km plus au sud sur la Panaméricaine.
Alors que j’arrive à proximité d’un péage, j’aperçois deux voyageurs à vélo qui n’ont pas vraiment l’allure traditionnelle des cyclostouristes. En effet, l’un d’eux pilote un tricycle de vendeur ambulant, lourd, monovitesse, bref pas du tout adapté au voyage ! En réalité Mathias et Céleste ne sont pas vraiment cyclotouristes. Artisans, il ont séjourné plusieurs mois à Lima et rentrent chez eux, en Argentine, tout en égrénant les marchés d'Amérique du Sud pour vendre leurs créations, essentiellement des bijoux. Lorsque la route s’élève, ils prennent un bus ou un train.

De plus, ils espèrent être rapidement “allégés” de leur marchandise confectionnée à Lima. Leurs bracelets me plaisant, je décide de contribuer modestement à la réduction de leur chargement! Puis je reprends ma route en direction d’Ica et plus précisément de l’oasis de Huacachina, bien connu des backpackers. Les bords de la lagune sont certes désormais envahis d’hôtels, mais le lieu conserve tout de même un certain charme, d’autant que la forte affluence que je craignais n’est pas au rendez-vous.
Arrivé en debut d’après-midi sur place, je m’installe dans un hôtel pour backpackers qui me rappelle mon séjour en Australie/Nouvelle-Zélande, il y a déjà sept ans! Je me repose au bar de l’hôtel, au bord de la piscine, avant d’embarquer dans un buggy en compagnie de six autres touristes pour une balade dans les dunes. La balade, que je pensais tranquille, se révèle en réalité exhaltante. Jouant du terrain qu’il connaît par coeur, le pilote nous offre des sensations fortes, proches de celles d’un grand huit de fête foraine. Le paysage unique en plus et les odeurs de hot-dog et de barbe a papa en moins !

Après quinze minutes, le pilote s’arrête et nous tend des planches de surf. Huacachina est en effet réputé pour le sandboarding (ou surf sur sable). La première dune n’est pas très importante et permet de se lancer sans crainte. Résultat, après avoir parcouru fébrilement trois mètres, je plonge tête la première dans le sable, me relève … avant de regouter au sable chaud de Huacachina deux mètres plus loin! Nous enchaînons avec une deuxième dune et le résultat n’est pas meilleur. J’arrive donc confiant à la troisième dune, plus longue et plus pentue! Et ça ne rate pas, je me prends un gadin mémorable faisant voler mes lunettes de soleil à plusieurs mètres!


Nous reprenons ensuite la balade en buggy avec un soleil de fin de journée magnifiant un peu plus les sublimes paysages de dunes. Puis, nous nous arrêtons de nouveau pour une nouvelle série de trois dunes, cette fois gigantesques. N’ayant pas envie de me blesser, je choisis l’option plus sure mais tout aussi euphorisante de dévaler les pentes façon skeleton: allongé sur le ventre, tête la première. Et  je ne suis pas déçu, les sensations sont énormes!

Le chemin du retour est plus calme afin de profiter du somptueux coucher de soleil.



Après ces quelques jours de détente, il est temps de reprendre le cours mormal de mon voyage. Et ça va sérieusement se corser dans les prochains jours puisque je me dirige vers Cusco. Après quelques kilomètres, je me retrouve rapidement sur un plateau désertique que la Panaméricaine traverse par une longue ligne droite, totalement plate (c’est bien la première fois ici), de plus de soixante kilomètres.



Ça pourrait sembler être un cauchemar, ça ne l’est pas du tout. Les paysages sont fabuleux et je progresse à bonne allure, 20 km/h environ, ce qui me permet de ne pas souffrir de la chaleur ambiante. En fin de journée, la route devient plus vallonnée et traverse une zone peuplée. Je décide de m’arrêter dans un hôtel à l’entrée de la ville de Palpa.

Le lendemain matin, en sortant d’une épicerie de la ville, j’entame, comme cela arrive presque à chaque fois, la discussion avec un groupe d’hommes. Je les quitte au bout de cinq minutes, mais un kilomètre plus loin, l’un deux me rattrape en voiture pour que je lui signe un authographe et que je lui donne mon mail. Il me souhaite un bon voyage sous la protection de Dieu et me laisse repartir. Je roule alors pendant quelques instants avec un jeune qui se rend à son travail à vélo. Au moment où nos routes se séparent, j’aperçois de nouveau l’homme à qui j’ai signé l’authographe. Il me tend de la ficelle et des gants en m’expliquant que cela pourra m’être utile. Il me montre également l’intérieur des gants où il a inscrit son adresse électronique.  Jusqu’ici, on m’avait donné des fruits et des boissons, mais du matériel de réparation, c’est la première fois !
Je le remercie chaleureusement et me remets en route rapidement car il commence à faire chaud, très chaud, et ce d’autant plus que la route s’élève sérieusement. Au sommet d’une côte de six kilomètres, j’arrive au mirador des lignes et géoglyphes de Nazca (ou Nasca, j’ai vu les deux écritures), où  mon arrivée suscite la sympathie des gardiens qui me font entrer gratuitement.
Edifiées par la civilisation pré-inca Nazca (300 avant JC – 800 après JC), ces figures immenses - plusieurs dizaines de mètres - dessinnées dans le sol (entre 5 et 15 centimètres de profondeur) représentent, pour la plupart, des animaux (singe, condor, oiseaux).


Visibles uniquement depuis le ciel, leur signification demeure encore aujourd’hui mystérieuse. Les explications vont du calendrier astronomique à une tentative de communication avec les extra-terrestres! Bref, chacun y va de sa théorie. Le mirador ne permet qu’une vision très partielle de trois figures sur les dizaines recensées - la seule manière d’observer pleinement ces figures étant un (très) cher survol en avion. Mais cela permet tout de même de se rendre compte de l’immensité du site.
Je poursuis ma route pendant une vingtaine de kilomètres, jusqu’à la ville de Nazca, où la forte chaleur me contraint à une pause. J’en profite pour me payer un vrai déjeuner dans un restaurant car je vais avoir besoin de force. J’entame effectivement ici ma remontée de la Cordillère jusqu’à Cusco.

mardi 23 août 2011

Merveilles de Paracas

Aux alentours de midi, j'arrive à Chincha où la Panaméricaine redevient une route plus tranquille. Le climat est ici très différent de celui rencontré jusqu'à présent sur la côte Pacifique puisque pour la première fois, j'ai le droit à un grand ciel bleu alors que j'ai quitté Lima deux heures auparavant sous une pluie fine.
Dès les premiers tours de pédales, j'ai le plaisir de constater que ¡Caramba! fonctionne merveilleusement bien avec les réparations effectuées. Je roule tranquillement car l'étape du jour est  courte et facile pour arriver à Paracas.

J'arrive en fin d'après-midi dans cette station balnéaire située à quelques kilomètres de Pisco, ville où l'on produit l'alcool éponyme mais malheureusement presque entièrement détruite par un terrible tremblement de terre en août 2007 ayant fait des centaines de morts. Mais si j'ai décidé de faire un stop ici, ça n'est pas pour (uniquement!) pour savourer un Pisco Sour au bord de l'Océan (j'en ai assez bu à Lima!) mais pour explorer la fabuleuse réserve nationale. Je trouve un hôtel au confort rustique mais donnant directement sur la plage et réserve donc mes excursions pour le lendemain.

Je commence ma journée par deux heures de bateau autour des Islas Ballestas.


Situées à 30 minutes de la côte, ces îles sont un véritable havre de paix pour lions de mer, pingouins de Humboldt, et surtout des dizaines d'espèces d'oiseaux qui exécutent un fantastique balai autour du bateau.


Ces îles ne représentent pas seulement une richesse naturelle pour le Pérou mais également une richesse économique. Les excréments de ces oiseaux sont en effet un formidable engrais. Par le passé, 2,5 à 3 mètres d'épaisseurs de matière fécale étaient « récoltés » chaque année sur la superficie de l'ensemble des îles et exportés vers l'Angleterre et la France. Cela a notamment permis au pays d'effacer sa dette extérieure en 1890, après la guerre avec le Chili. Mais le phénomène El Niño a réduit considérablement la population d'oiseaux. Les quantités ramassées sont donc moindres aujourd'hui et la récolte ne s'effectue plus qu'une fois tous les sept ans, ce qui représente tout de même quatre mois de travail pour 150 hommes !

Sur le trajet du retour, le bateau fait un stop devant le « Candelabre », gigansteque forme de plusieurs dizaines de mètres dessinée dans la colline et visible depuis la mer, par la civilisation Paracas. La signification reste mystérieure. On sait seulement que cette figure n'a pas de lien avec les – voisines - lignes de Nasca, uniquement visibles depuis le ciel.

De retour sur terre, j'enchaîne avec une excursion en minibus de la Réserve nationale de Paracas. Arrivée à l'entrée de la réserve, notre bus est stoppé par un piquet de grève de guides réclamant plus de sécurité dans la réserve. La veille en effet, un bus a été attaqué, le chauffeur frappé et les touristes délestés de leurs biens de valeur. Après quinze minutes d'attente, dans une ambiance un peu plombée, nous pénétrons dans la réserve et très vite, les sublimes paysages me font oublier la menace d'une nouvelle attaque. La réserve est composée de dunes de sable multicolore allant du jaune au rouge et de sublimes falaises plongeant dans le Pacifique.




La réserve est aussi peuplée de nombreux flamands roses – même si je n’en ai malheureusement pas vu un seul - qui ont inspiré la création du drapeau péruvien, en 1822, à San Martín. Ayant débarqué un an auparavant à Pisco, le général José de San Martín est l'autre « libérateur » du pays avec Simon Bolivar. C'est lui qui a proclamé l’indépendance du Pérou le 28 juillet 1821.

Le désert de Paracas est un des plus arides du monde. En Quechua, Paracas signifie « Pluie de Sable ». Porté par le fort vent de Paracas, c'est en effet bien tout ce qu'il tombe ici. En réalité, on constate ici 20 mm de précipitation par an (c'est-à-dire rien), sauf lorsque se produit El Niño - tous les dix ou douze ans -,  où il pleut  alors tout l'hiver.
Ça me donne un bon aperçu des conditions que je vais rencontrer un peu plus tard en Bolivie, dans le désert du Lipez et surtout au Chili dans le désert d'Atacama, désert le plus aride de la planète. Je quitte ainsi le Pacifique que je ne reverrai que dans plusieurs milliers de kilomètres, à Valpairaiso, au Chili.

dimanche 21 août 2011

Fiestas à Lima !

Ce jeudi matin, je prends donc le bus pour Lima et arrive dans la capitale aux alentours de midi. Chance incroyable, la gare routière se trouve dans la rue des magasins de vélo. Je laisse donc ¡Caramba! dans un magasin pour une révision complète car après 2.600 kilomètres parcourus, il est nécessaire de changer la chaîne, la cassette, les patins de frein, …
Puis je rejoins Andres, qui m'a proposé de m'héberger jusqu'à samedi matin. Andres travail à l'aéroport et vit avec sa mère dans le chic quartier de Miraflores, situé au sud-est de la ville, au bord du Pacifique. Après le savoureux déjeuner concocté par sa mère, Andres me fait visiter le quartier, et le soir, nous rejoignons ses collègues dans un bar avant de finir la soirée en discothèque jusqu'à 3h du matin ! Je n'ai plus vraiment le rythme, moi qui ai pris l'habitude de me coucher à 20h, mais je passe une très bonne soirée !


 
Le lendemain, Andres ne peut pas m'accompagner mais m'indique les endroits à ne pas rater. Je passe donc toute la journée à arpenter les rues de la vieille ville. Entre ses immenses plages et ses  magnifiques églises, Lima ne manque pas de charme malgré ce que beaucoup de monde en France m'avait dit.

Mais il est vrai que la ville présente aussi un visage moins flatteur.  Rassemblant près du tiers de la population du pays, soit plus de huit millions d'habitants Lima est une ville bruyante, polluée et où la délinquance est forte.
Après une soirée plus calme que la veille et une bonne nuit réparatrice, je quitte Andres et sa mère samedi matin et continue d'explorer la ville. En fin d'après-midi, je rejoins Jhony, mon autre hôte de Lima, au Couvent San Francisco, où il travaille comme guide touristique. En compagnie de quelques uns de ses collègues, nous prenons ensuite la direction de son appartement où nous attendent sa famille et des amis pour une nouvelle fiesta. C'est en effet aujourd'hui l'anniversaire de Jhony. Nous célébrons cela autour de quelques verres de Pisco Sour, LA boisson péruvienne, mais aussi de crème de Pisco et de Péru Libre (Pisco et Coca-cola).

Puis, direction une méga-discothèque  ultra-branchée. Autant dire que je me suis fait remarquer avec mes cheveux hirsutes, ma grosses barbe et mes vêtements techniques ! Cette soirée m'a réconciliée avec les discothèques car la musique était accompagnée en live par deux percussionnistes excellents. De retour chez Jhony à trois heures du mat, on retrouve deux de ses frères complètements saouls qui nous invitent à finir avec eux les dernières bières. Finalement, on se couche à 4h30, pour un lever trois heures plus tard. Jhony travaille en effet aujourd'hui. Je pars avec lui et décide de me prendre un hôtel dans la vieille ville pour mon dernier jours à Lima. Après avoir récupérer ¡Caramba! remis à neuf, je décide d'aller visiter le musée où travaille Jhony. La caisse est tenue par une de ses amies avec qui j'ai festoyé la veille, qui me fait entrer gratuitement. Puis, j'ai le droit à une visite guidée par une autre connaissance de la veille. Dans chaque salle, je retrouve, un peu endormi, un collègue de discothèque. C'est assez marrant de visiter un musée de cette manière. A la sortie, je retrouve Jhony que je remercie chaleureusement pour son accueil superbe.
Puis je regagne mon hôtel pour me reposer avant de reprendre la route. Mais comme pour mon arrivée à Lima, j'ai décidé de prendre un  bus pour sortir de la ville jusqu'à Chincha où l'autoroute se termine.

jeudi 18 août 2011

Que de générosité !

Le moment de convivialité partagé avec Lorenzo n'est en réalité que le début d'une belle journée. Quelques kilomètres après avoir repris la route, une voiture s'arrête pour m'offrir de l'eau. Je n'ai pas le temps de faire 500 mètres que je suis une nouvelle fois arrêté, cette fois-ci par une camionnette de l'armée, dont les occupants me donnent des fruits et des bouteilles d'eau et de coca-cola. A ce moment là, mon principal problème est de faire tenir tout cela dans mes sacoches! Puis 200 mètres plus loin, m'attendent devant un restaurant au bord de la route les occupants de la première voiture qui veulent m'inviter à déjeuner. Une offre comme ça ne se refuse pas.


Haydee et Alvaro habitent Cajamarca et se rendent à Lima pour quelques jours en compagnie de leurs fils, Alvaro Jr. Mon vélo les a interpellés car Alvaro Jr est handicapé moteur, avec un usage limité de ses jambes et de ses bras ne lui permettant pas de tenir en équilibre sur un vélo normal. Un vélo comme le mien pourrait donc lui convenir. Je passe un très bon moment avec cette famille attachante. Avant de nous quitter, nous échangeons nos coordonnées car ils seraient intéressés pour me racheter mon vélo, une fois mon périple terminé. Les vélos couchés ne sont en effet pas distribués en Amérique du Sud. Je pense que j'aurai du mal à me défaire de ¡Caramba! mais il faut y réfléchir. Voir Alvaro Jr avec un immense sourire une fois installé aux commandes de ¡Caramba! pourrait me faire changer d'avis.

Je reprends la route repu et heureux, évoluant sur un plateau (pas tout a fait plat !) m'offrant des vues superbes sur la cordillère Huayhuash.


Après cinq heures d'efforts, j'arrive à une lagune située à 4.200 mètres d'altitude.


Je prends alors le temps de me couvrir car à partir de là, j'entame une descente fabuleuse, sur une belle route asphaltée qui va me mener jusqu'à la côte et au Pacifique. Une descente ininterrompue de plus de cent kilomètres! Inimaginable en Europe!
Je profite de chaque instant et réalise, après quarante kilomètres de descente, que la nuit est proche. Mais, la route est à flanc de falaise, il n'y a aucun espace pour dormir et je veux pas effectuer le reste de la descente de nuit. Heureusement, j'aperçois peu avant le crépuscule un restaurant sur le bord de la route et m'y arrête. Ça n'est pas un hôtel, mais il accepte de m'héberger dans une arrière salle. Cela fera bien l'affaire pour la nuit...
Le lendemain, je reprends ma folle descente sur près de 70 kilomètres avant d'entamer un long faux plat me menant à la côte et … au mauvais temps Comme lors de ma première visite sur la côte, entre Trujillo et Santa, j'évolue dans la brume et un ciel bien chargé. C'est vraiment ici que l'on se rend compte que l'on est en hiver.
Arrivé à Pativlica, sur la côte, j'emprunte la Panaméricaine sur une cinquantaine de kilomètres jusqu'à Huacho.


En préparant ce voyage, j'avais lu des récits décrivant l'enfer de la Panaméricaine. Sur les tronçons que j'ai emprunté, je ne trouve rien de cela. Le trafic se rapproche d'une nationale, voire d'une départementale. Mais il est vrai que certaines parties sont dangereuses. C'est notamment le cas aux abords de Lima. C'est la raison pour laquelle je termine mon étape à Huacho, située à 150 kilomètres de Lima. Car à partir d'ici, la Panaméricaine devient un autoroute. Je prévois donc de prendre à bus jusqu'à Lima. Mais auparavant, je décide de rester une journée ici pour préparer mon séjour à Lima. Je suis chanceux car quelques minutes après m'être connecté sur Couch Surfing, j'entre en contact avec Andres, puis Jhony qui me proposent de m'héberger successivement. Je passe donc le reste de la journée à me relaxer dans Huacho, avant de prendre le lendemain matin le bus pour Lima.

lundi 15 août 2011

Et un petit tour en camion !


Le petit déjeuner vite avalé, je fais donc le point sur l'état du vélo dans la cour de l'hôtel. Il apparaît que le dérailleur installé la veille ne fonctionne déjà plus du tout. Davantage que du dérailleur lui même, le problème provient du câble et de la gaine de dérailleur, complètement usés alors que je les ai changés il y a peu. Mais la faible garde au sol cumulée aux pistes défoncées ont eu raison du matériel. Or, je ne dispose pas d'autre pièce de rechange. Je décide alors de raccourcir la chaîne et de me passer de dérailleur. Les premiers essais devant l'hôtel sont concluants, mais le vélo une fois chargé, cela ne fonctionne pas non plus, la chaîne retombant à chaque fois sur le petit pignon. Un homme tente alors de me venir en aide, mais en vain. Il connaît cependant un magasin de vélo à proximité et m'y accompagne. Pendant que le mécanicien installe un nouveau dérailleur, cette fois compatible, et change le câble, je discute avec l'homme m'ayant amené ici. Lorenzo est chauffeur routier. Il transporte des antennes de téléphones pour le réseau mobile de Movistar. Il me propose de m'emmener à Lima si la réparation ne fonctionne pas car il part aujourd'hui même, d'abord à Chavin, où il réside, puis le lendemain en direction de la capitale.

Finalement, ¡Caramba! Est remis sur roue et vers 10h30, nous prenons la direction de Chavin de Huantar. La ville n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres et après un peu moins de quatre heures de pédalage, je décide de m'y arrêter pour la nuit. La ville est en effet censée abritée un intéressant site archéologique. Je trouve un hôtel sympathique – le premier depuis mon le début de mon séjour – avec un agréable jardin. Je décide finalement de m'y reposer tout l'après-midi et de ne pas faire la visite car les posters du site archéologique décorant l'entrée de l'hôtel me déçoivent quelque peu.
En fin d'après-midi, je sors me promener dans les rues de Chavin et tombe par hasard sur Lorenzo ! Il me propose de nouveau de m'avancer un peu. Il me décrit la route que je dois prendre le lendemain comme difficile, en mauvais état et dangereuse, notamment parce qu'elle emprunte un long tunnel. Je sens également que Lorenzo a envie de compagnie sur son long trajet. J'accepte donc. Cela me fera l'occasion d'améliorer un peu plus mon espagnol. Nous nous donnons donc rendez-vous le lendemain à 5 heures du matin sur la place du village.

Le temps de réveiller le concierge de l'hôtel pour qu'il m'ouvre la porte, je suis dehors à 5h10 et … personne. Ça n'est pas bien grave, je me mets tout de même en route. Ce départ matinal va me permettre d'effectuer l'ascension de 800 mètres de dénivelé à la fraîche. Mais une demi-douzaine de kilomètres plus loin, je tombe de nouveau sur Lorenzo, qui s'est arrêté pour prendre son petit déjeuner. Nous chargeons ¡Caramba! dans le camion et nous voilà parti.


En découvrant la route depuis la confortable cabine du camion de Lorenzo, je ne suis pas mécontent de faire le trajet de cette manière car là où on m'annonçait une route asphaltée, je découvre une route en très mauvais état. De plus, l’ascension est beaucoup plus longue qu'indiqué sur ma carte. Arrivé au col, à la sortie du tunnel, Lorenzo m'indique que la route est encore mauvaise sur plusieurs kilomètres. J'accepte donc de rester avec lui. Lorenzo est très sympathique et après tout, je n'ai pas mérité cette descente. Depuis la cabine, je profite donc d'un panorama splendide, agrémenté des explications et anecdotes de Lorenzo qui connaît par cœur cette route.



Nous nous arrêtons plusieurs fois pour remettre de l'eau dans le système de refroidissement qui donne de sérieux signes de faiblesses avant de finalement rendre l'âme, heureusement devant un garage du bourg de Catac. Après l'avoir chaleureusement remercié, j'abandonne ici, un peu gêné, Lorenzo. J'ai économisé un jour d'efforts grâce à lui et partagé un authentique moment de convivialité.