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samedi 3 mars 2012

C'est fait !!!

Ca y'est, je suis arrivé à Ushuaia après 12.381 kilomètres parcourus et près de 1.000 heures de pédalage !
Huit mois et demi de paysages somptueux et de rencontres inoubliables!


Merci à tous pour votre fidélité (plus de 15.000 pages lues!) et pour votre soutien.
Merci aussi à mes sponsors - L'Agefi, le Groupe Mornay et Temporis Lyon Vaise - sans qui l'aventure n'aurait pas été possible.
Et à bientôt, je l'espère, pour d'autres récits de voyage !

Ci-dessous, vous trouverez les derniers billets couvrant la fin de mon voyage, depuis El Chalten jusqu'à Ushuaïa

vendredi 2 mars 2012

Dernière ligne droite !

Huit mois jour pour jour après mon départ de Quito, j'accoste en Terre de Feu, surnommée ainsi par les navigateurs au 16ème siècle qui observaient de fréquents panaches de fumée à l'approche des côtes.


Après une nuit passée juste à côté de l'embarcadère, je prends la route pour mes derniers jours de voyage. Je suis désormais à moins de 450 kilomètres d’Ushuaïa, que je devrais atteindre dans quatre jours. Mais cela ne signifie pas pour autant que cela va être facile, notamment jusqu'à la frontière argentine où la route est une piste défoncée.
L'île de la Terre de Feu est en effet partagée en deux moitiés égales entre le Chili, qui occupe la moitié ouest – et l'Argentine, qui occupe la partie est. Si la partie argentine compte près de 200.000 habitants, principalement répartis entre les deux villes de Rio Grande et Ushuaïa, la partie chilienne, en revanche, est quasiment déserte. La route étant donc empruntée en grande majorité par des argentins et les relations binationales étant mauvaises, le Chili n'effectue aucun travaux d'entretien sur cette piste.

Après seulement trois kilomètres en Terre de Feu, je crève. Une crevaison due à l'extrême usure de mon pneu, qui n'a pourtant pas beaucoup de kilomètres puisque je l'ai acheté à El Chalten. Malheureusement, je ne dispose que d'un vieux pneu de rechange, toutefois moins usé. Je monte celui-ci en espérant qu'il tiendra au moins jusqu'à Rio Grande.

Je découvre un paysage de pampa désertique qui commence à me lasser. Hormis quelques estancias, le côté chilien de l'île n'est presque exclusivement habitée que par les employés de la compagnie nationale de pétrole. Les sous-sols de la Terre de Feu regorgent en effet de pétrole et de gaz.
Je suis désormais presser d'en finir car la pampa est usante mentalement. L'état de la route n'arrange rien. Le ripio est tellement mauvais que malgré un vent favorable, je n'arrive pas à dépasser les 10 km/h. Surtout, ¡Caramba! couine et craque en permanence. J'ai l'impression qu'à tout moment, il va se disloquer, telle la 2CV de Bourvil dans le Corniaud !



C'est donc avec soulagement que j'atteins la frontière chilienne. Il me reste cependant encore 10 kilomètres de piste jusqu'à la frontière argentine. Je suis tellement pressé d'en finir avec le ripio que je m'emballe alors que la piste est plus mauvaise que jamais. Résultat, à cinq kilomètres seulement de l'asphalte, je casse une vis de mon porte-bagages. Je la change et repars mais je casse de nouveau deux kilomètres plus loin. Le problème, c'est que cette fois je n'ai plus de pièce de rechange ! Je bricole quelque chose et avance désormais à vitesse extrêmement réduite.
En milieu d'après-midi, la délivrance enfin ! Je quitte définitivement le ripio ! Il me reste désormais moins de trois cents kilomètres de route totalement asphaltée. Profitant d'un vent favorable, j'arrive à atteindre Rio Grande – plus grande ville de la Terre de Feu - en début de soirée avec soulagement. Je peux trouver des pièces de rechange pour mon porte-bagages et un pneu neuf.

Tendu jusqu'à présent par tous mes problèmes mécaniques à répétition, je peux enfin pleinement profiter de mes deux derniers jours. Je sais désormais que je vais pouvoir tenir la promesse faite à ¡Caramba! qu'il (elle?!) verrai Ushuaïa !
Si la ville de Rio Grande ne présente aucun charme, les paysages côté argentin sont en revanche plus beaux et plus variés que côté chilien. Alors que je roule depuis quelques kilomètres, je réalise que l'Océan que je suis en train de longer n'est pas le Pacifique mais bien l'Atlantique.

Après une belle et facile journée, j'arrive àTolhuin, situé exactement à mi-chemin entre Rio Grande et Ushuaïa. Ce petit village touristique situé au bord du lac Escondido est LA pause obligatoire pour tous les cyclotouristes afin de rendre visite à une personne extraordinaire : Emilio. Passionné de voyage et de vélo, Emilio héberge en effet tous les cyclistes de passage.


Cerise sur le gâteau, en plus d'un accueil chaleureux, d'un lit et d'une douche chaude, Emilio nous nourrit à volonté. Emilio est en effet propriétaire d'une immense boulangerie-patisserie et nous offre absolument tout ce que nous voulons manger ! Autant dire que la boulangerie de Tolhuin – mondialement connue dans l'univers du cyclotourisme - est l'endroit idéal pour passer ma dernière nuit de voyage.

Le matin, ça n'est pas sans une certaine émotion que je me mets en route – sous une pluie fine - pour mon dernier jour de voyage. Heureusement, très vite le soleil se lève et je peux profiter d'un superbe paysage. Car au fur-et-à-mesure que je m'approche d'Ushuaïa, la pampa s'efface et laisse place à la Cordillère des Andes. Ushuaïa ne se laisse ainsi pas facilement conquérir puisque deux cols - l'un de dix kilomètres, l'autre cinq – sont au programme des cinquante derniers kilomètres.


Mais je « croque » ces cols presque sans efforts, porté par l'excitation d'arriver au bout de mes huit mois de voyage et par un panorama somptueux. Je retrouve notamment avec plaisir la couleur de l'automne. Ici l'été est déjà terminé et le terrible hiver de Terre de Feu ne va pas tarder à s'installer pour huit mois de pluie et de froid intense.

J'entame ma dernière descente dans un état d'euphorie, puis dans un virage, j'aperçois enfin le Canal de Beagle et la ville d'Ushuaia.


Je suis arrivé au bout de la route, au bout du monde... Le fameux Cap Horn est à moins de cinquante miles d'ici et au-delà, il n'y a plus rien, rien que les glaces du sixième continent...

lundi 27 février 2012

Adieu à la Patagonie ...

C'est sous un grand soleil que nous quittons Puerto Natales, après avoir vivement remercié Daniel pour son accueil. Nous partons confiant et serein puisque les 250 kilomètres jusqu'à Punta Arenas sont quasiment plats et s'effectuent vent dans le dos. Un vent soufflant parfois tellement fort qu'un ami cycliste a pu les parcourir en un seul jour.
Mais le vent patagon semble décider à m'en faire baver jusqu'au bout. Dès la sortie de la ville, nous devons affronter un vent défavorable et la journée est donc loin de la journée tranquille que j'avais imaginé. Nous parcourons moins de kilomètres que prévus et nous retrouvons pris au dépourvu au moment du coucher de soleil. De part et d'autre de la route en effet, une barrière sans fin interdit l'accès aux prairies des estancias. Nous arrivons finalement à trouver un endroit un peu à l'écart de la route. Mais le vent souffle trop pour monter la tente. Nous passons donc une nouvelle nuit à la belle étoile malgré des températures polaires. Car ce vent défavorable inhabituel vient directement de l'Antarctique.

 

Le lendemain, la situation se dégrade avec une pluie fine rafraîchissant encore un peu plus l'atmosphère. Comme chaque matin, je pars avant Romain pour prendre un peu d'avance, Romain étant plus rapide que moi. Au bout d'une heure, il me rejoint, non pas sur son vélo mais dans une camionnette. Il a cassé sa roue et ne peut donc plus rouler. Il me laisse quelques vivres et nous nous donnons rendez-vous le soir même sur la place centrale de Punta Arenas. Je passe une journée difficile, évoluant sur une route monotone, le vent de face, dans un froid polaire et avec un trafic de plus en plus important au fur et à mesure que je m'approche de Punta Arenas. Mais je tiens mon rythme pour être à l'heure au rendez-vous … jusqu'à 20 kilomètres de la ville où je casse une partie de mon porte-bagages. Je répare et me remets en route mais pas pour longtemps puisqu'à l'entrée de la ville, je crève ! Je change de chambre à air et arrive sur le lieu du rendez-vous de nuit, sous une pluie battante et surtout avec 1h30 de retard ! Logiquement Romain n'est plus là. Epuisé, je m'offre un hôtel et dort dans un lit pour la première fois depuis près de trois semaines.

Ville la plus au Sud du continent sud-américain, Punta Arenas est ma dernière étape en Patagonie. De là, j'ai en effet prévu de prendre un ferry pour traverser le détroit de Magellan et gagner la Grande Île de Terre de Feu. Mais après les deux jours difficiles que je viens de vivre, je ressens le besoin de m'accorder un jour de repos. Je découvre trop tard le message laissé par Romain m'indiquant qu'il avait trouvé une roue et qu'il prenait le bateau ce matin. Nous nous donnons donc rendez-vous à Ushuaïa pour célébrer la fin du voyage car je ne risque pas de revenir sur lui. D'autant plus que j'apprends que le prochain bateau pour la Terre de Feu n'est que dans deux jours.
Mauvaise nouvelle car je n'ai aucune envie de rester deux jours supplémentaire à Punta Arenas, où il n'y a pas grand chose à faire.

Je décide alors de repartir vers le Nord pour gagner Punta Delgada, principal point d'accès à la Terre de Feu. A cet endroit, le détroit de Magellan mesure moins de cinq kilomètres de large et un ferry effectue la traversée toutes les vingt minutes. Cela représente un détour de 170 kilomètres mais la route est plate et je bénéficie d'un vent favorable, me permettant de couvrir la distance en une journée. Au soleil couchant, j'embarque ainsi sur le ferry. Je vis mes derniers instants en Patagonie...


jeudi 23 février 2012

A moins de 700 kilomètres du but !

Bonjour à tous,

Après une très longue absence, je viens de mettre le blog à jour, du moins partiellement. J'ai ajouté cinq articles relatant mon périple de Chaiten, sur la Carretera Austral au Chili,à El Chalten, sur la Route 40 en Argentine. J'ai également ajouté les photos jusqu'à Puerto Natales.

Pour ceux qui pensaient que j'avais fait le plus dure et que j'entrais dans la partie "pépère" du voyage, vous allez voir qu'il n'en est rien. J'ai même connu au moment de mon anniversaire la semaine la plus éprouvante de mon voyage.

Je suis désormais à Puerto Natales que je vais quitter demain pour entamer la dernière ligne droite de mon voyage. Je suis en effet désormais à moins de 700 kilomètres d'Ushuaia, où je compte arriver dans 8 jours, avant de rentrer en France le 9 mars.

A très bientôt donc

Dimitri

Grandioses Torres del Paine !

A la frontière chilienne, deux options s'offrent à nous pour rejoindre Puerto Natales : soit directement par une route asphaltée de 60 kilomètres, soit par le Parc National des Torres del Paine en 180 kilomètres, dont 155 de piste. Sans beaucoup hésiter, je choisis cette dernière option car si cette route est plus dure, elle s'annonce superbe. Siska n'a pas la motivation, en revanche Romain m'accompagne.
Nous nous mettons donc en route tous les deux en direction du parc, réputé comme l'un des plus beaux d'Amérique du Sud, même s'il a été partiellement détruit par un incendie causé par la bêtise d'un touriste israélien. Ce dernier a voulu brûler son papier-toilette alors même que le parc est extrêmement sec en cette année de La Niňa - phénomène inverse à El Niňo survenant l'année d'après. Résultat, plusieurs dizaines d'hectares sont partis en fumée et le parc a été fermé au public une bonne partie de la saison touristique.
La précision de la nationalité du touriste pourrait sembler superflue, elle ne l'est pas. Cela ne va en effet pas arranger l'image des Israéliens, qui sont littéralement détestés en Amérique du Sud. Voyageant la plupart du temps en groupe juste après la fin de leur service militaire, ils viennent ici pour se lâcher. Ils ont la réputation d'être bruyants, irrespectueux, arrogants, et exigeants mais sans vouloir en payer le prix. Et malheureusement, je n'ai pu que constater que cela est vrai dans 90 % des cas. Ils son tellement haïs que certains hôteliers ont même affiché une pancarte à l'entrée précisant « Israéliens non admis dans cet hôtel » !

Nous ne sommes même pas entrés dans le Parc que nous évoluons déjà dans un environnement superbe. Nous roulons jusqu'au coucher du soleil et décidons de bivouaquer pour admirer le ciel étoilé.



Le lendemain après une quinzaine de kilomètres de vélo dans un environnement de plus en plus magique, nous arrivons à l'entrée du parc où nous laissons les vélos pour entamer une randonnée de deux jours devant nous mener au pied des montagnes Torres del Paine.



Nous bivouaquons au camp de base pour une courte nuit. Le lendemain en effet, nous commençons à marcher à 4h30 du matin afin d'arriver au pied des Torres pour le lever du soleil et profiter d'un spectacle grandiose.


En redescendant, nous croisons Siska, Laurie, Julien, Michiel et Joost qui ont loué une voiture pour visiter le parc. En milieu de journée, nous reprenons les vélos et continuons notre route dans le parc. Les paysages sont fabuleux mais le vent souffle de plus en plus en fort. Tellement fort que dans une forte pente, je n'arrive ni à pédaler ni même à pousser le vélo.




Alors que je suis bloqué, je vois revenir Romain qui a lui chuté à cause du vent. Nous décidons de trouver un endroit pour la nuit à l'abri du vent. Nous bivouaquons une nouvelle fois et avons la chance d'observer de très près des guanacos. Nous assistons même à un début d'affrontement entre deux bandes rivales. Avec l'incendie, les guanacos ont effet vu leur territoire se réduire de manière importante.
Nous roulons encore pendant deux jours dans cet environnement magique, même si nous pouvons désormais clairement voir les conséquences de l'incendie.


Nous arrivons à Puerto Natales en milieu de journée. Je contacte alors Daniel, un membre de CouchSurfing qui a accepté de nous héberger. Il m'informe qu'il est en déplacement dans une autre ville et qu'il ne rentrera que le lendemain mais que nous pouvons quand même nous rendre chez lui, un couchsurfer colombien étant resté dans sa maison. La maison est modeste - nous dormons par terre - mais nous offre un toit et une douche chaude. Nous restons deux jours, le temps de reprendre des forces pour entamer la dernière ligne droite du voyage. Moins de 700 kilomètres séparent en effet Puerto Natales d'Ushuaia...

vendredi 17 février 2012

Des compagnons de voyage bienvenus !

Ayant festoyé jusqu'au bout de la nuit, je ne suis pas très frais le lendemain matin au moment de reprendre la route. J'aurais pu rester un jour de plus pour me reposer mais Mauricio et Romain reprenant la route, je saisis cette opportunité de rouler en compagnie d'autres cyclistes.
Portés par un vent de dos, nous avançons à plus de 20 km/h presque sans donner un coup de pédale pendant 90 kilomètres le long du Lago Viedma avant de rejoindre la Route 40, où nous devons de nouveau lutter contre un vent de côté.






Le lendemain matin, nous tombons par hasard sur Siska - qui était notamment des cyclistes présents à Santiago pour Noël. Elle se rend tout comme nous à El Calafate. Nous reprenons donc la route désormais à quatre.


 Les 30 derniers kilomètres, nous devons lutter contre un terrible vent de face. Même en prenant des relais et « suçant les roues », nous ne dépassons pas les 10 km/h et arrivons à la tombée de la nuit à El Calafate.

Au camping, nous retrouvons Michiel et Joost, les deux hollandais aux vélos en bambou, et Laurie et Julien, le couple de belges en vélos couchés. Pour la première fois depuis bien longtemps, je m'accorde une vraie journée de repos où je ne fais … rien !
Le lendemain, nous nous rendons, avec Siska, au mondialement connu Glacier Perito Moreno, situé seulement à 80 kilomètres d'El Calafate. Et le glacier mérite en effet sa réputation. Il est splendide et surclasse largement les autres glaciers que j'ai déjà eu la chance de voir dans ma vie. Je vous laisse jugé par vous même !




 
Le seul revers de la médaille, c'est que le site est extrêmement touristique. Il est en effet très facile d'accès - cinquante mètres de marche depuis sa voiture. Néanmoins, si l'on prend la peine de marcher quelques centaines de mètres de plus, on peut encore profiter seul et en paix de ce spectacle grandiose.
N'ayant pas vraiment récupéré de mes péripéties sur la Route 40 et, surtout, n'ayant pas envie d'affronter de nouveau le mauvais ripio des routes argentines, je décide de prendre un bus d'El Calafate à Puerto Natales. Siska décide de m'accompagner. Sauf que tous les bus sont complets pour les trois prochains jours. J'y vois un signe du destin : il faut que je roule ! Et puis cette fois, je ne serai pas seul. C'est en effet avec mes trois compagnons de voyage, Siska, Romain et Mauricio que je reprends la route en direction de Puerto Natales, au Chili.

Le deuxième jour, nous ne sommes plus que trois. Le matin même, nous avons fait nos adieux à Mauricio qui termine son voyage ici. En effet, comme tout brésilien qui se respecte, il veut être rentré au Brésil pour le Carnaval ! Même si j'ai passé peu de temps avec lui, cela restera une des meilleures rencontres du voyage et j'espère pouvoir lui rendre visite à Florianopolis, peut être à l'occasion de l'Ironman Brésil qui a lieu dans cette ville...
Ce deuxième jour est difficile : pluie fine, froid et une piste est très mauvaise. En plus, la sangle de mes sacoches bananes se rompt. J'arrive tout de même à bricoler quelque chose qui devrait tenir jusqu'au bout.
Heureusement, dès le lendemain nous retrouvons l'asphalte et gagnons rapidement la frontière chilienne. Arrivé au poste, j'ai l'impression d'être une rock-star. Je suis littéralement assailli par une horde de touristes me mitraillant avec leurs appareils photos et me posant inlassablement les mêmes questions. La palme revient aux touristes français en voyages organisés. Car en plus de supporter toujours les mêmes blagues – du genre, « Ah, mais c'est facile votre parcours, ça ne fait que descendre ! » (éclats de rire, d'un rire bien gras) -, je dois en plus me taper le récit de leur voyage en bus, que vous pouvez imaginer passionnant !

Bref, au bout d'un moment, j'arrive tout de même à rejoindre Siska et Romain – à qui personne ne demande rien au passage - au guichet de l’immigration.
Me voici une nouvelle fois au Chili !

vendredi 10 février 2012

Ça décoiffe !

Epuisé par une semaine éprouvante, je me pose avec soulagement dans un café d'El Chalten où je commande une montagne de plats. Alors que je suis en train de me goinfrer, un jeune vient à ma rencontre. Mauricio est brésilien et voyage lui aussi en vélo. Il a tout comme moi vécu l'enfer de la Route 40 quelques jours auparavant et sait donc ce que je viens de vivre. Il m'explique qu'il campe dans le jardin d'un habitant d'El Chalten, Jesus, passionné de vélo, en compagnie d'autres cyclistes et m'invite à le suivre. L'idée de camper sous cette pluie ne m'enchante pas vraiment mais je me dis que rencontrer des gens me fera du bien. Et je ne suis pas déçu.
La casa de Jesus - une simple cabane de 15 mètres carrés construite exclusivement avec des matériaux de récupération, - est une véritable auberge espagnole. Se croisent ici cyclistes, backpackers, aspirants guides de montagne... Je suis accueilli chaleureusement et je sens que je vais me plaire ici, même si avec tout ce va et vient la casa de Jesus n'est pas vraiment l'idéal pour se reposer.

Le repos sera de toute façon pour plus tard puisque Mauricio me propose d'aller randonner avec lui quelques jours. Etant venu à El Chalten pour cela, j'accepte sa proposition avec plaisir. Le lendemain nous voilà donc partis pour une randonnée de quatre jours. La marche s'annonce difficile mais superbe, avec une vue imprenable sur le Mont Fitz Roy et le Campo de Hielo Sur - le plus grand champ de glace continental du monde. Se joignent à nous Benoît, une jeune backpacker français et Romain, un cycliste français voyageant avec Mauricio depuis deux mois. Après une première journée magnifique, nous nous attaquons à une des principales difficultés du parcours, le Paso del Viento – littéralement le col du vent. Le ton est donné, ça risque de souffler ! Et effectivement, à peine sortis du campement, nous devons affronter un fort vent avec des rafales à plus de 80 km/h. Plus nous avançons et plus le vent forcit. Nous marchons difficilement, obligés de nous arrêter lors des rafales les plus violentes pour rester debout ! De plus, le chemin n'est absolument pas balisé et nous commençons à avoir des doutes : sommes-nous réellement sur le bon chemin ? Nous progressons en effet la plupart du temps à quatre pattes, sur une paroi rendue en plus glissante par une fine pluie.


La randonnée vire au cauchemar quand, dans un passage compliqué, Romain glisse – heureusement sans se faire mal - et perd son sac qui dévale près de vingt mètres ! Jugeant qu'il devient trop dangereux de continuer, nous décidons de rebrousser chemin jusqu'au camp de base. Le vent est tellement violent que nous mettons plus d'une heure pour parcourir un kilomètre, les rafales les plus violentes nous plaquant carrément au sol !


Décidément, le vent de Patagonie, que ce soit à vélo ou à pied, ne veut pas me lâcher !
Après nous être remis de nos émotions au camp de base, nous nous mettons en route pour regagner El Chalten. Nous devons encore lutter contre ce vent d'une force incroyable pour traverser un plateau, puis rester vigilant une fois dans la forêt, plusieurs arbres bougeant dangereusement.
De retour à El Chalten, nous apprenons que les vents ont été enregistrés à près de 140 km/h, un des jours de vent les plus forts depuis plusieurs mois !

Le lendemain, le vent est complètement tombé et le soleil rayonne dans le ciel d'El Chalten. Frustré par cette randonnée avortée - même si la décision de rebrousser chemin était la bonne - je profite de ces conditions parfaites pour entreprendre en solo une marche menant en quelques heures au pied du sublime Fitz Roy. Une journée magnifique qui se prolonge tard, très tard, avec une fête jusqu'au bout de la nuit qui clôt de belle manière mes quatre jours à El Chalten.